Un drone pour sauver les faons

| jeu, 06. mai. 2021
thermique. LE MESSAGER / DR

NATURE VEVEYSE

La période de fauchage approche et les agriculteurs vont commencer à fourrager.

Parfois, des faons sont cachés dans les hautes herbes et connaissent un sort funeste.

Pour éviter qu’ils ne se fassent broyer par une machine agricole, Toni Honegger, détenteur d’un drone avec une caméra thermique, offre ses services pour examiner les parcelles.

Depuis plusieurs années, Toni Honegger participe au sauvetage des faons. Avec des amis chasseurs, il arpente les champs des agriculteurs pour protéger ces animaux de moins de 2 kilos. Pour augmenter son taux de réussite, le Châtelois de 71 ans a décidé, l’an passé, d’acheter un drone doté d’une caméra thermique. Depuis, il offre ses services aux paysans de la Veveyse qui font appel à lui.

Cette idée lui trottait dans la tête depuis quelque temps déjà. «Auparavant, par équipes de quinze, nous nous alignions et ratissions le pré. Parfois, malheureusement, nous ne décelions pas le petit faon caché dans les hautes herbes. J’ai donc voulu en faire davantage pour éviter des accidents.» Durant une assemblée de la Société des chasseurs de la Veveyse, le résident du Chaussin avait averti que si le groupe n’achetait pas le matériel adéquat, il le ferait.

Après avoir réussi son examen de pilote de drone, Toni Honegger (médaillon) a allié la parole aux actes en achetant tout l’attirail (caméra thermique, batterie, télécommande, tablette). Coût total: près de 10000 francs. «Certains m’ont dit que j’étais égoïste comme chasseur. Que si je sauvais les faons dans les champs, c’était pour mieux les tirer à l’automne. Je suis un amoureux de la nature avant tout et je trouve horrible qu’un bébé puisse se faire déchiqueter par une machine. Ce genre de vision marque à jamais une personne.»

Depuis l’achat de ce drone à caméra thermique, Toni Honegger et son équipe ont inspecté gratuitement une quarantaine de parcelles, soit 165 hectares. «Nous avons sauvé environ 25 faons, se félicite l’ancien militaire de carrière. Je ne facture rien aux paysans, parce que nous rendons service à la nature.»

Paré pour une deuxième année

La seconde saison de sauvetage commence bientôt. Le retraité se prépare pour cette période prenante. «Je m’entraîne avec le drone pour ne pas perdre la main», dit-il en riant. Car l’intervention de son équipe ne se fait pas en un coup de baguette magique. «Tout d’abord, le paysan doit prendre contact avec moi pour que je puisse entrer les coordonnées de sa parcelle sur une application. Ensuite, je trace les lignes directrices que le drone suivra.»

Une fois l’aspect technique préalablement réglé, Toni Honegger se rend sur place aux aurores, vers 4 h 30. «Il ne faut pas y aller trop tard, autrement la différence de chaleur entre le sol et la température corporelle du faon n’est pas assez forte pour le voir sur l’écran de la caméra thermique.» Si un bébé chevreuil se trouve dans le champ, seul un petit point blanc apparaît. «Il faut être attentif, dès que nous avons passé la parcelle au crible, nous mettons une caisse sur le faon pour ne pas qu’il s’échappe et nous plantons des drapeaux pour signaler l’endroit à l’agriculteur.»

«Toutefois, le paysan ne doit pas attendre trop longtemps après notre passage pour faucher», avertit Frédéric Michel, membre de la Société des chasseurs de la Veveyse et collègue de Toni Honegger dans cette aventure. «La maman vient nourrir son petit toutes les trois heures, si elle sent un danger quelconque, elle peut tout à fait le changer de place.»

«De plus en plus réceptifs»

Pour dissuader les cervidés de s’installer dans les champs, chasseurs et agriculteurs mettent en place des subterfuges. «Nous plantons des piquets auxquels nous accrochons des bâches en plastique, explique le Châtelois. De cette manière, quand le vent souffle, cela fait bouger le plastique qui émet un bruit dérangeant.»

Grâce au bouche-à-orei l le, Toni Honegger et son équipe commencent à se faire un nom en Veveyse. Frédéric Michel s’occupe de contacter et de sensibiliser les agriculteurs veveysans. «Ils sont de plus en plus réceptifs à cette cause et nous appellent pour se renseigner sur notre action. C’est positif, cela signifie que avançons dans la bonne direction.»
Maxime Schweizer


Eviter de toucher les faons

Les chevreuils apprécient particulièrement installer leur progéniture dans les hautes herbes pour profiter d’un camouflage naturel. Ainsi, ils misent sur les prés aux abords des forêts. A la naissance, ils ne pèsent guère plus qu’un kilo ce qui les rend quasiment indétectables. «Les faons se recroquevillent sur eux-mêmes et forment une minuscule boule, indique Toni Honegger. Sans matériel numérique, il arrivait fréquemment que nous passions à côté d’un bébé.» Dès qu’un faon est repéré, Toni Honegger marque l’endroit et demande à l’un de ses collègues de se rendre sur place en le guidant. «Ensuite, nous mettons une caisse en bois dessus sans le bouger. Sinon la mère ne le retrouvera pas et il sera abandonné.» Autre détail important, les chasseurs s’abstiennent de toucher l’animal. «Ceci pour éviter qu’ils ne prennent notre odeur. La chevrette ne reconnaîtrait pas son bébé. Donc, nous utilisons des gants.» A noter encore que le faon ne doit pas rester trop longtemps sous la caisse. «Il ne peut pas se permettre de louper un repas, ce n’est pas bon pour son développement, rapporte le chasseur Frédéric Michel. Comme la maman vient le nourrir souvent, à deux ou trois heures d’intervalle, il ne faut pas qu’elle le voit dans la caisse. Autrement, elle ne reviendra pas…» MS

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