Timea Bacsinszky s’est livrée en toute sincérité

jeu, 08. jui. 2021

TENNIS LES PACCOTS

Invitée à disputer une exhibition dans le cadre du 40e anniversaire du Tennis club Les Paccots, la Vaudoise a profité de la pluie pour se livrer à cœur ouvert aux spectateurs. Après les confidences et anecdotes, elle a pris sa raquette pour jouer avec les membres du club.

Elle est arrivée seule, sur la pointe des pieds et sous la pluie, son gros sac de tennis au dos. Elle a poliment salué les membres du Tennis club Les Paccots, avant de se saisir du micro, de son propre chef, et de proposer une séance de questions-réponses avec les intéressés. Un moment improvisé et sans tabou.

En témoigne sa première prise de parole concernant ses débuts, enfant, dans son sport. «J’ai été procréée par mon père dans le but de lui assurer fortune en devenant sportive d’élite. Sur mon berceau pendaient des balles de tennis. J’ai l’impression de pratiquer ce sport depuis ma naissance.» Le décor est posé, langue de bois il n’y aura pas. Confidences intimes – certaines anecdotes, jamais racontées auparavant, ont obtenu la promesse de rester aux Paccots – il y aura, états d’âme aussi.

Questions-réponses avec les spectateurs

Timea Bacsinszky avait pris son cœur avec elle, samedi aux Paccots. Invitée pour un match d’exhibition qui devait l’opposer au Sarinois Michael Dafflon, la tenniswoman de Belmont-sur-Lausanne (ex-numéro 9 mondial) a profité de la pluie pour se livrer et répondre à toutes les interrogations des spectateurs présents autour des courts. «Enfant, on m’a forcée à jouer au tennis. Pourquoi je me donnais tant de mal à l’entraînement? Pour tenter de maintenir la paix à la maison. Je ne voulais pas que mes parents divorcent par ma faute.» La Vaudoise a évoqué son parcours, difficile, les coups de son père Igor, son agressivité. La pression sur ses épaules et le plaisir de jouer au tennis, apparu une première fois quand elle a décidé de son propre chef d’entrer sur le court. Elle a parlé de sa psychothérapie, qui l’a aidée à ne plus considérer un terrain de tennis comme un endroit de conflit. Elle s’est confiée sur sa vie sentimentale et s’est même permis de philosopher, par moments. «Nous ne sommes que des gouttes d’eau dans l’océan, notre vie compte si peu. Faisons ce qui nous plaît. J’ai eu la chance de vivre de mes rêves, peut-être que je peux encourager des jeunes à faire pareil.»

Le circuit, vu de l’intérieur

Timea Bacsinszky compte l’un des plus beaux palmarès du tennis helvétique féminin, bien qu’ayant évolué dans l’ombre de Martina Hingis – avec qui elle remporta d’ailleurs en double la médaille d’argent aux jeux Olympiques de Rio (lire ci-dessous). Aux Paccots, elle a pris le temps de raconter ce que représente une vie de voyages, sur le circuit. «Il faut bien saisir qu’en tant que professionnelles, nous avons peu de vie sociale. Les autres joueuses, Suissesses exceptées, ne peuvent pas vraiment devenir des amies. Nous sommes en concurrence sur et en dehors du court, également dans la course aux sponsors.»

L’aspect très tactique du tennis ne permet pas non plus de s’épancher sur ses peurs, sur ses faiblesses. «Je détestais affronter des joueuses agressives, qui tapent fort et crient fort, car ça réveillait la petite fille en moi qui craignait son père. Mais ce genre d’informations, je me gardais bien de les révéler à mes amies du circuit, potentielles adversaires en demifinale d’un Grand Chelem.»

Timea Bacsinszky était pourtant passée très proche de battre la rugueuse Américaine Serena Williams, l’une des plus grandes joueuses de l’histoire, en demi-finale à Roland-Garros (2015). «Au début de ma carrière, j’étais pétrifiée à l’idée d’affronter de telles stars. Puis, avec l’expérience, on les voit différemment. Serena, c’est un être humain qui joue très bien au tennis, c’est tout. Elle est vulnérable comme nous tous.»

Un carnet pour chacune

La Suissesse développa alors plusieurs tactiques selon la personnalité de ses concurrentes, en cherchant les points faibles. «J’avais un carnet avec des informations sur chaque fille que j’affrontais. Je me souviens par exemple d’une excellente joueuse que j’ai quasiment toujours battue. Elle était très, très ordrée dans sa vie, très maniaque. Tout devait être parfait, sans surprises. Alors je m’amusais à varier au maximum mes coups, afin de la déstabiliser.»

Elle a ainsi fait tomber les plus grandes. La Russe Maria Sharapova (ancien numéro 1 mondial) ou la Polonaise Agnieszka Radwanska (numéro 2), pour n’en citer que deu x. «J ’ai battu Sharapova à Wuhan, en Chine. Après ma victoire, je mélangeais les mots, j’étais perdue. Ça m’est d’ailleurs arrivé plusieurs fois de devoir visionner certaines fins de match, car je n’en avais aucun souvenir. Les émotions et la tension sont telles que parfois je ne savais plus comment je m’appelais.»

Retour incertain

Des émotions que seul le sport peut offrir. Un argument qui pourrait peser dans la décision future de Timea Bacsinszky quant à un éventuel retour à la compétition. «J’ai cette chance de pouvoir vivre des moments intenses grâce au tennis. En ai-je vécu assez? Est-ce que je passerais à côté de quelque chose si j’arrêtais maintenant?»

Cela fait bientôt deux ans que la Vaudoise n’a pas disputé de match en compétition, gênée notamment par des blessures. Aujourd’hui classée 474e mondiale, elle devrait enchaîner les petits tournois avant d’espérer goûter à nouveau à la crème des compétitions. «Il faut compter un an pour un come-back.»

A l’entendre, toutefois, une fin de carrière semble tout à fait envisagée. «J’ai envie de transmettre mon expérience et mes connaissances. Et pourquoi pas aider aussi les familles qui comptent de futurs professionnels comme enfants. Je pense que ma place est plutôt là, désormais.» Jonas Ruffieux


«C’est chouette de revenir après tant d’années»

La venue de Timea Bacsinszky constituait la «cerise sur le gâteau» du 40e anniversaire du Tennis club Les Paccots, selon les mots du président Laurent Vilain. «Ma dernière exhibition remontait à 2015, à Bulle, raconte la Vaudoise. En général, je n’accepte pas ces propositions, mais j’ai été sensible à la demande de ce petit club. Ma maman est médecin dentiste à Châtel-St-Denis et j’ai appris à skier aux Paccots. C’est chouette de revenir après tant d’années.» Arrivée peu avant 17 h, elle s’est livrée devant les membres avant de disputer quelques échanges avec Michael Dafflon (Neyruz, R2). «Jamais, en 40 ans, le niveau n’aura été si bon aux Paccots», se félicitaient les spectateurs. Puis la Vaudoise a échangé quelques balles avec toutes les personnes intéressées, avant d’enchaîner photos et autographes.

Malgré la pluie

La pluie n’aura ainsi pas trop chamboulé les plans des organisateurs de la journée. «Le maître mot, c’est l’adaptation», lâchait Laurent Vilain à l’heure du discours officiel célébrant l’anniversaire de «son» club. Le conseiller communal chargé du sport, Daniel Maillard, a pris la parole quelques instants, louant l’excellente collaboration qui règne entre l’Exécutif châtelois et le TC. «Continuons sur cette voie pour les 40 prochaines années!» JR


L’ANECDOTE

Quand Timea Bacsinszky remonta les bretelles à Martina Hingis

Samedi aux Paccots, l’invitée Timea Bacsinszky est notamment revenue sur son expérience olympique de Rio, en 2016. Aux côtés de Martina Hingis, elle a remporté la médaille d’argent en double. «Nous étions en demi-finale, face aux Tchèques Andrea Hlavackova et Lucie Hradecka. Elles menaient largement, 7-5 3-0. Martina n’arrêtait pas de se plaindre, son revers ne fonctionnait pas, elle faisait des doubles fautes. J’ai dû la remotiver, en lui disant qu’on s’en fichait de la manière, seule importait la victoire. Je lui ai dit: “Tu es Martina Hingis, maintenant tu te débrouilles, tu fais ta magie au filet et tu te sors les pouces du c...” Je voulais absolument cette finale, cette médaille. Après notre victoire, on est sorties en pleurs, et Guy Parmelin nous a accueillies en pleurant avec nous. C’était incroyable!»

Puis, dans le bus qui la ramène au village olympique, Timea Bacsinszky voit Rafael Nadal s’approcher d’elle et venir lui parler. «Il m’a félicitée et m’a dit qu’il s’était renseigné sur mon histoire et que c’était génial d’être arrivée là où j’étais. Après notre discussion, je n’arrêtais pas de me répéter: “Wow. C’était Rafa!”» JR


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