Les chevaux à la sortie du bois

jeu, 06. fév. 2020
Mathieu Guégan, organisateur de la journée, mène sa jument Etoile hors du bois. Le tronc qu’elle tire sera empilé avec les autres, à une vingtaine de mètres de là. PHOTOS CM

DÉBARDAGE LE CRÊT

Samedi, une scène peu commune était visible aux abords du Crêt. Quatre chevaux faisaient des allers-retours dans un bois afin d’en sortir des troncs découpés par les bûcherons. Cette journée de débardage a été organisée par Mathieu Guégan, président du Club d’attelage de la Veveyse et environs. Reportage.

Une fois l’arbre scié, faut-il encore le déplacer. La plupart du temps, cette opération s’effectue au moyen de machines. Or, elle peut également être réalisée sans le moindre moteur. Le débardage, c’est-à-dire le transport du bois hors de son lieu de coupe, est une activité pour laquelle les chevaux de trait sont tout indiqués. Président du Club d’attelage de la Veveyse et environs depuis quatre ans, le Semsalois Mathieu Guégan a voulu tester cette pratique. Dans une forêt aux abords du Crêt, il y a dédié deux journées. La première a eu lieu samedi.

«Je voulais joindre l’utile à l’agréable, explique l’agent de transport de 42 ans au moment où un rayon de soleil vient embellir cette fin de matinée déjà très douce. Je cherche toujours à mettre en place autant d’activités que possible avec ma jument. J’ai pris un cours de débardage l’année dernière et ça m’a beaucoup plu.» Selon lui, cette pratique a pour bienfait de sortir proprement le bois d’une forêt. «L’environnement est préservé et le chemin est moins esquinté qu’avec un véhicule.»

Trois franches-montagnes et un comtois

Si Mathieu Guégan est bien l’organisateur de la journée, il n’en est ni la vedette ni le superviseur. Les stars, elles, sont au nombre de quatre. Trois juments franches-montagnes d’abord: Mandoline, 6 ans, appartenant à Jérémy Korpès, de Vuisternens-devant-Romont; Ramona, 15 ans, sous les ordres de Maryline Charrière, du Crêt, ainsi qu’Etoile, 14 ans, menée par Mathieu Guégan. Enfin un hongre (cheval castré) comtois de 19 ans. Celui-ci, nommé Namur, suit les instructions de Virginie Monnard, de Brenles.

A la direction des opérations se trouve le duo composé d’André Staehli, de Longeau (BE) et d’Henri Spychiger, des Reussilles (BE). C’est d’ailleurs auprès de ces deux professeurs que Mathieu Guégan a été initié au débardage. Henri Spychiger se poste dans la forêt, auprès des troncs sciés et appelle les meneurs des chevaux, ainsi que leur groom (assistant chargé d’accrocher l’arbre au palonnier). André Staehli reste quant à lui à l’extérieur du bois et veille à ce que les troncs soient disposés de façon ordonnée.

Propriétaires consentants

«Pour que cela soit possible, il a fallu l’autorisation de la commune, ajoute Mathieu Guégan, précisant qu’il s’agit d’une forêt publique. Le garde forestier de la Haute-Veveyse Christophe Huwiler s’est montré très intéressé. Il n’aime pas trop que des grosses machines entrent dans les forêts dont il s’occupe. C’est lui qui a choisi l’endroit où se dérouleraient ces deux journées.» Il ajoute que le bois a été coupé durant la semaine pour que l’exercice puisse avoir lieu.

En ce samedi, tous les participants sont des novices. Quelques prérequis restent néanmoins nécessaires: «Il faut que les chevaux soient débourrés et habitués à tirer», indique Mathieu Gué- gan. Le processus est simple. Une fois appelé, le meneur entre dans le bois avec son cheval et son groom. Arrivé près du tronc, il fait faire demi-tour à l’équidé. Celui-ci, s’approchant alors à reculons, est alors fixé à l’arbre qu’il va devoir charrier. «Une impulsion est ensuite donnée au cheval, qui se met à tirer. Il n’y a plus qu’à le conduire hors de la forêt», déclare-t-il.

Activité propre et bénéfique

Selon l’instructeur André Staehli, le débardage se pratique de plus en plus: «Les Français sont très forts à ce niveau-là. Pour de jeunes forêts à assainir, les chevaux sont très pratiques. Ils ne font pas de bruit, ne causent aucune pollution et laissent derrière eux un terrain quasiment impeccable. C’est encore mieux lorsque c’est gelé ou qu’il y a un peu de neige, ça glisse tout seul.»

Son collègue Henri Spychiger déplore que le monde politique ne soutienne ou n’incite pas davantage cette pratique, à travers des subventions: «Il manque du personnel et des chevaux formés.» Andréa Staehli se déclare néanmoins très satisfait par le déroulement de la journée, aussi bien en ce qui concerne le comportement des destriers que celui de leur meneur, et tient à remercier la commune pour l’avoir rendue possible.

Feedbacks positifs

Et les participants, qui plus est débutants, qu’en pensent-ils, eux? D’ailleurs, comment se fait-il qu’ils soient là et qu’est-ce qui les a motivés à suivre cette initiation au débardage? «J’ai pris connaissance de cette journée sur les réseaux sociaux, déclare Virginie Monnard. J’avais déjà été formée au débardage, mais c’était l’occasion de découvrir une autre méthode. C’est sympa et très intéressant.»

Jérémy Korpès pense même revenir lors de la deuxième journée, qui aura lieu le 22 février prochain au même endroit: «Je fais de l’élevage et j’ai toujours entendu dire que les franches-montagnes étaient polyvalents. J’ai donc voulu le vérifier. C’est vrai. Ils peuvent être utiles pour toutes sortes de choses. Cette journée, je l’ai trouvée super bien organisée. Tout était top!»

Mathieu Guégan, qui l’a mise en place, se déclare lui aussi ravi: «Cette activité donne la possibilité de sortir les chevaux, parce que, pour eux, l’hiver est toujours une saison un peu plus calme. Cela me fait très plaisir de voir les gens avec le sourire, que ce soit les participants ou les curieux. Certains sont venus assister à ce spectacle qu’on ne voit pas tous les jours. En plus, nous avons eu de la chance avec la météo. L’objectif est donc atteint: profiter du temps et de la nature en respectant l’environnement et en partageant un moment convivial.»


Christian Marmy

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